jeudi 2 décembre 2010

Maxime

J'ai peur de l'océan, de sa profondeur et de tout ce qu'il renferme. J'ai peur des grosses (et moins grosses) bibittes. Peur de la mélatonine, tel que découvert dernièrement, et peur du SIDA. J'ai vraiment peur, de ce virus à la con.

Il y a deux ou trois ans, j'ai rencontré Maxime. Comme ça, par hasard, sur la rue. Je marchais par une belle journée d'été ni trop chaude ni trop fraiche (23 degrés, mettons) sur Ste-Catherine, direction paradis-de-la-fille-qui-n'a-pas-trop-de-budget-mais-besoin-d'une-nouvelle-garde-robe-pour-l'été-et-pour-son-moral: H&M. Je marchais tout bonnement lorsque que j'ai aperçu Maxime et sa gang. Ils étaient là, éparpillés, partout, avec leurs petites tablettes et leurs dossards rouges. Je déteste me faire accrocher sur la rue. Souvent, que Dieu me pardonne, je sors mon téléphone et fais semblant de tenir la conversation la plus importante de ma vie. Sérieusement, j'ai due être accrochée par Green Peace au moins 82 fois l'été passé. Et ça, c'est quand ils ne viennent pas directement sonner à ma porte.


Tout ça pour dire que ce jour-là, j'étais de bonne humeur. J'avais toute la journée devant moi, et Maxime et sa gang ne portaient pas le dossard vert de Green Peace, mais plutôt un dossard rouge. Je me suis laissée accrochée...

Maxime travaille, ou plutôt bénévole pour la Fondation Québécoise du SIDA. Il est gentil. Souriant. Aimable. J'accepte de m'asseoir avec lui pour jaser. D'autant plus que le SIDA, c'est un sujet qui me prend aux tripes. Depuis toujours. Depuis que je connais l'existence de cette cochonnerie. Personne dans mon entourage n'est atteint du VIH. Et je prie pour que jamais cette brique de 4 tonnes tombe sur la tête de quelqu'un qui m'est cher.

Maxime et moi, on s'assoit au soleil, et je le laisse parler. Je le laisse vendre sa cause. Il me raconte que de nos jours, dans les écoles, on ne connait pas le SIDA. Il me raconte que les rares jeunes qui connaissent le SIDA croient que celui-ci se guérit. Il m'avoue que la croyance populaire chez la génération de demain veut qu'on ne peut attraper une maladie transmise sexuellement lors d'une première relation. Il m'explique dans tout son découragement qu'on ne raconte plus aux jeunes qu'il est important de se protéger, de porter un condom. Il me dit que la majorité des gens atteints du VIH ne le savent pas. Alors ça se transmet, comme ça. Comme une mauvaise grippe.

Maxime et ses magnifiques yeux bleus me bourrent le crâne de statistiques, et je sais déjà qu'à la fin de son discours, je vais dire oui. Oui, je vais donner des sous. Oui, je veux qu'un jour on trouve un remède pour mettre à mort ce foutu virus. Oui, je veux qu'on aille dans les écoles pour crier haut et fort que le SIDA, c'est un point de non-retour. Que le SIDA, ça ne se guérit pas. Oui. Je vais dire oui.

Alors au grand étonnement et au grand bonheur de Maxime, je dis oui. À partir de maintenant, je serai « donateur régulier ». Je suis fière. Je me sens bien. J'ai l'impression de faire si peu, mais beaucoup à la fois. Chaque mois, je donnerai un montant à la Fondation Québécoise du SIDA.

Maxime est heureux. Il a réussi à convaincre quelqu'un de soutenir sa cause. Maxime est jeune, passionné, déterminé. Maxime a les yeux dans l'eau lorsque je signe mon contrat. Maxime a la main qui tremble. Maxime a le regard qui fuit le miens. Maxime est séropositif. Maxime a 22 ans. Il est beau. Il a l'air pétant de santé. Maxime en est à sa première journée de sollicitation pour la Fondation. Je suis la première à signer devant ses yeux. Maxime est homosexuel. Un soir, comme on l'a tous fait des dizaines et des dizaines de fois, il a dépassé les limites. Il venait de terminer sa session à l'université. Il a fait la fête dans un bar du Village. Maxime a bu, bu, bu, fumé, fumé et fumé. Il a rencontré un beau grand blond bien musclé. Maxime a baisé.

Noir.

Maxime a reçu ce coup de point au ventre il y a quelques mois. « Ça te couple le souffle. Tu peux et tu veux mourir maintenant, sur le champ. C'est la pire douleur que j'ai jamais ressentie dans ma vie ».

Maxime a commencé ses traitements de trithérapie. Il en bave. C'est dur. Ça coûte cher. Ça fait mal. Et c'est pour toute la vie. Pour toute SA vie. Il a perdu des amis. Il parle au téléphone avec son père une fois aux deux semaines, mais sa mère ne trouve plus la force de lui parler. Son frère habite en Angleterre. Lorsqu'il a apprit la nouvelle, il a été choqué plus qu'attristé. Ça devait bien arriver un jour ou l'autre... Maxime est une tapette.

Maxime a 22 ans.
Maxime est beau.
Maxime est brillant.
Maxime a l'air pétant de santé.
Maxime est séropositif.

Je l'ai embrassé sur les joues quand je l'ai quitté cette journée-là. Il m'a remerciée. On s'est sourit, et je suis rentrée à la maison. Pas de H&M aujourd'hui. Je ne peux pas. J'ai juste envie de pleurer. Envie de pleurer et de cracher sur la vie.

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Pour devenir donateur régulier ou faire un don spontanné, c'est ici: Fondation Québécoise du SIDA.

Merci. :)

4 commentaires:

  1. Merci pour se magnifique texte.

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  2. ce pas se, bien sur ;-)

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  3. Ça y est, tu as réussi à m'arracher des larmes.
    Texte très touchant qui va droit au coeur.

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  4. Quel beau texte... Je suis sur le cul!!! C'est magnifique!

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