** Caro passe son petit matin à vouloir écrire dans un café joli, aux murs turquoises ou de briques et au plafond doré, là où les gens sont fascinants et le café est bon. **
Comme il est agréable de regarder de purs inconnus et d'imaginer leur vie, à l'extérieur de ce petit café au plafond doré. Il y a ce geek de haut niveau, les yeux plongés tantôt dans son portable, tantôt dans son iPhone, tantôt dans son iPad. C'est beaucoup d'éléments ultra-technos sur une même table, je trouve. Il y a cette fille beaucoup trop platine et maquillée pour un mercredi matin, qui semble grimée de la veille et qui enfile café par dessus café assise au bar. J'ai bien peur qu'elle tente en vain de séduire le serveur. Serveur qui, visiblement, a d'autres bagels à faire griller. Il y a ces deux jeunes hommes à ma droite qui font connaissance. Je n'écoute pas aux tables, là! Ils sont proches et parlent fort. Leur langage verbal me dit qu'ils se rencontrent probablement pour la première fois. Timides. Peut-être une date. À 10hrs du matin? On a pas tous le même style de vie. Il y a ce gars qui entre seul pour venir chercher deux cafés pour emporter, et qui porte sur sa poitrine le plus petit bébé du monde. Il ne bronche pas. Il doit avoir tout juste deux semaines. Jeune trentenaire avec bébé. Je suis une fille. Je craque.
Il y a ce drôle de duo devant moi. Une femme d'une soixantaine d'années, qui s'installe à la table avec son cappuccino et un cahier remplis de griboullis et de notes de toutes sortes. Elle me fait un sourire. Elle a l'air gentille. J'ai envie de devenir son amie. Elle a un style du tonnerre. Certainement une artiste. Et ce gars qui vient la rejoindre. Les cheveux en bataille. La barbe de trois jours. Les yeux bouffis du petit matin. Un gars de théâtre. C'est certain. Je les reconnais à des miles. Ils ont tous ce petit quelque chose dans le regard, dans l'attitude. Je sais pas quoi. Et je tombe pile dessus. Ils s'installent ensemble après les « bonne année!!! xx » d'usage, et commencent à élaborer la mise en scène de leur nouveau théâtre musical. J'ignore si ça vaudra le détour (en fait, après coup, je suis pas mal certaine que non), mais je peux vous dire déjà que l'actrice qui incarnera la meilleure amie de leur personnage principal n'est « pas suuuuper bonne mais tellement fine et tellement pleine de bonne volonté! ». Je peux aussi vous dire que le comédien qui tiendra le rôle du chum du personnage principal ne sait pas danser. Alors pour les chorégraphies, il sera remplacé par Mireille(!!!). Il y a finalement ce numéro de claquettes que mes deux artistes veulent improviser, même si aucun membre de la troupe n'a déjà ne serait-ce qu'enfilé des souliers de claquettes. Hum. Faut être franchement très sur de soi pour croire que ce sera crédible. Je leur dis, vous pensez, que leur projet ne tient pas debout? Non mais. Un avis extérieur, des fois, tsé...
Et il y a ce curieux jeune homme. De l'autre côté de la fenêtre. Il est là depuis longtemps. Il était là lorsque je me suis installée, en fait. Il est là, assis sur ce sol trop froid pour l'homme. Un journal étalé devant lui sur le trottoir. Pas de chien. Pas de chapeau ou de verre vide pour recueillir des sous. Rien. Juste lui, ses tatouages, son manteau de cuir en lambeaux et son journal. Ce jeune homme me fascine. Je le vois sur cette rue depuis si longtemps. Il connait tout le monde qui s'y balladent comme une armée de fourmis jour après jour après jour après jour. Il sourit. Dit bonjour. Jase d'actualité avec les passants sans jamais rien demander. Si. De la nourriture, de temps à autre, à la sortie du marché. Pas toujours le même. Histoire de ne pas embêter les mêmes personnes de fois en fois, j'imagine. Il ne porte pas toujours les mêmes vêtements. N'a pas toujours la même couleur de cheveux. L'été, parfois, il a un vieux vélo. Parfois pas. Est-ce qu'il habite vraiment dans la rue? Je l'ignore. Mais je sais que cette avenue lui appartient en grande partie. C'est cliché, mais je n'ai jamais compris comment la vie faisait ses choix. Jamais compris pourquoi certaines personnes héritent de la santé, de la famille unie, des amis aimants et des jobs rêvés alors que d'autres héritent de discordes, de maladies, de pauvreté, de la rue. La misère me fait peur. Certains diront que c'est un coup de chance. Pile ou face. D'autres diront qu'on fait sa propre chance, qu'on trace son propre chemin. Ce jeune homme assis sur le trottoir m'a dit un jour, comme s'il avait 150 ans de sagesse derrière la cravate: « La vie, ma p'tite fille, n'est que suite de signaux. Tu dois y être sensible et te laisser guider. Le bonheur est un chemin, pas une destination. Il y a un truc que moi, je n'ai pas compris. J'ai voulu me battre contre les signaux de la vie. Alors elle m'a jeté ici. Je dois d'abord saisir ce qu'elle cherche à me dire avant me retrouver ailleurs ». Ok. Laisse-moi réfléchir à tout ça.
Il me reconnaît, ou pas, et me lance un regard perdu à travers la fenêtre.
Je me demande combien de temps on peut tenir, sans écouter la vie...
Je me demande combien de temps on peut tenir, sans écouter la vie...
Je crois que je vais garder ces phrases en tete. Particulierement "Le bonheur est un chemin, pas une destination"
RépondreSupprimerMerci d'avoir partage et de l'avoir ecoute.